| Interview Pensées Nocturnes |
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| Écrit par Goebbels | |||
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"Au jour où mon aïeul fut pris de léthargie,
Au clair de la lune, Pensées Nocturnes soulève ses tambours rythmant nos absences. Des hurlements prolongés dans un black suicidaire à tendance classique épouvantent la malédiction de Vaerohn dans son premier temple Vacuum.
Goebbels: « La pensée doit commencer par un refus de la vie. La première pensée claire, c'est la pensée du néant » Bachelard. Peut-on considérer le nom de votre projet un hymne à ces « pensées » hors troupeau ? Voulez-vous ici mélanger le rationnel de la raison avec l’irrationnel de la nuit ? Toute réflexion et théorie philosophiques qui se respectent débouchent indubitablement sur une vision nihiliste de la vie en soulevant le voile d’illusions faisant office de rempart à ce vide patent. Mais je ne considère pas cette révélation comme une fin en soi ou un combat permanant, c’est même quelque chose que j’envie aux animaux et au commun des mortels. « Des années et des années pour se réveiller de ce sommeil où se prélassent les autres ; et puis des années et des années, pour fuir ce réveil... » écrit Cioran. Si seulement je n’avais jamais pu me réveiller… Goebbels: Et d’où est venue l’inspiration luminaire, la source du projet, ses prémices ? Depuis quand vous avez cette volonté de s’extérioriser à l’aide d’un temple artistique ? Le concept est quelque chose que j’ai toujours porté avec moi mais Pensées Nocturnes est assez récent, la composition ayant été assez rapide finalement. J’ai composé le premier morceau (« Flore ») en août 2008 et les autres sont venus rapidement. La musique a toujours été pour moi un moyen d’extérioriser mes pensées négatives mais je suis maintenant actif et non plus passif. Ce n’est donc pas vraiment ce que j’appellerais une révélation ou une illumination mais plus un développement continu. Goebbels: Musicalement parlant, Vacuum possède un fond très particulier. Illuminez-nous un peu ses coins obscurs? Partagez-vous les avis classant votre musique en tant que DSBM ? Réduire une musique à de vulgaires mots n’est pas un procédé que je trouve honnête et par conséquent qualifier Pensées Nocturnes de quelques adjectifs ou mots que ce soit ne sera jamais mon lot. C’est le propre de l’esprit que de coller des étiquettes et des concepts sur tout ce qu’il peut sentir mais cette démarche ne peut déboucher que sur une vision ridiculement simpliste du monde. Personne n’y échappe, l’Histoire de la Science en est la manifestation parfaite quand bien même la complexité mathématique tente tant bien que mal de masquer ces aberrations. L’Homme a toujours tenté d’attribuer un sens à ce qui l’entourait malgré le fait que ses capacités intellectuelles (et même calculatoire aujourd’hui avec les ordinateurs aussi puissants soient-ils) l’obligent à établir des hypothèses réductrices pour arriver à un résultat. Peut-on se contenter d’une vue peut être parfaite et logique de l’esprit mais fausse pour représenter le monde ? Goebbels: Avec Vacuum nous avons assisté à un mariage entre le Black Metal suicidaire et la musique classique baroque ? Qu’est ce qu’il vous pousse à prendre un chemin si expérimental ? Avez-vous hésité avant de mettre vos pas dans ces terrains peu connus ? C’est un résultat assez naturel en soi. Mais je profiterais en premier lieu de cette question pour préciser que Pensées Nocturnes n’a pas la prétention de s’inscrire dans un genre aussi prestigieux qu’est la Musique Classique contrairement à ce qui peut se dire un peu partout. Les structures sont beaucoup trop simples pour cela. Et pour rebondir là-dessus, je ne compose pas avec l’idée de m’approcher ou de mélanger tel et tel style mais bien de coller au mieux à ce que je cherche à exprimer. Le Black Metal aborde avec efficacité un certain nombre de ressentis mais souhaitant en élargir le spectre il fallut inexorablement passer par l’apport d’une certaine diversité, apport qui se développe de plus en plus à l’heure actuelle. Goebbels: Des groupes comme Lux Occulta, Ne Obliviscaris, A forest of Stars etc. ont arrivé à mélanger savoureusement le Black avec le violon ; or, la particularité de Vacuum, vient de cette variété instrumentale. Avez-vous trouvé quelques difficultés au niveau de l’inclusion de certains éléments ? Non c’est quelque chose qui s’est fait assez naturellement à vrai dire. Il n’y a pas vraiment de méthode proprement dite : un peu d’imagination portée sur les transitions entre phases suffit à rendre naturelle cette association. La « Musique Classique » se mêle aisément à un grand nombre de styles, dont le Metal Extrême notamment lorsque celui est très porté vers la mélodie. La composition de Vacuum se voulait être un peu plus travaillée que ce à quoi le Black Metal dépressif nous a habitué et je suis satisfait du fait que Pensées Nocturnes reste malgré tout une musique assez naturelle. Il faut simplement rester humble et ne prendre en compte que le résultat final. Il m’arrive parfois de travailler des heures sur une structure pour au final me rendre compte que le rendu n’est pas ce que j’espérais. Il faut alors surmonter la frustration et accepter de passer à autre chose. Voilà donc comment je procède, j’essaie et je juge. Goebbels: Peut-on dire que chaque passage serre sa propre atmosphère ou voyez-vous qu’il est au service d’un tout? Quel est votre passage préféré ? Chaque morceau possède à la fois sa personnalité et ses particularités mais est aussi au service d’un tout qui est l’album. Tu me demandes ici de choisir entre mes bébés ce dont je suis incapable. Ils ont chacun leur objectif et je ne pourrais pas instaurer de hiérarchie entre eux. Je les assume et les aime chacun à leur façon. Goebbels: Honnêtement, j’aimerais bien voir dans la prochaine réalisation un titre complètement pacifique venant clôturer ou introduire l’album de la parfaite manière qui soit. Qu’en pensez-vous ? J’ai en effet déjà composé l’ouverture et la conclusion du prochain opus et je pense que tu seras surpris mais je ne peux pas en dire plus pour le moment ce serait gâcher le travail. Je ne présenterais le prochain album que lorsqu’il sera totalement terminé pour avoir une idée globale de l’œuvre car c’est la façon dont je compose. Goebbels: "Peints en sombre sur mes mains, pâles comme neige au matin"…telle était l’ouverture de Des-Espoir, mon titre favori de ce concert spirituel. Pourquoi cette division du « Désespoir » ? S’agit-t-il ici d’une transition entre deux mondes ? « Des-Espoir » aborde les paradoxes de la solitude. Seul, on pense passer à côté de quelque chose, ne pas être compris, ne pas pouvoir profiter de ce que les autres partagent, avoir moins de chance qu’eux. Une sensation de rejet et de haine qui se mêle toutefois à un sentiment de supériorité. Etre seul est l’unique manière de se retourner sur soi et de profiter pleinement de sa personne. Je ne me sens jamais aussi chez moi que lorsque je déambule seul dans la nature. Mais assez étrangement on a tout de même la sensation de partager, de ne pas être totalement seul et de vivre quelque chose que personne d’autre ne peut imaginer. C’est cette contradiction qu’incarne le tiret de « Des-Espoir». Goebbels: Avec Epitaphe vous avez dépassé la simple tristesse afin de voltiger vers des murailles plus philosophiques, les murailles de la mort. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce chapitre ? Epitaphe décrit la vision désabusée d’un homme qui n’a pas réussi à dépasser le pathétique de notre condition. Une sorte de fabulation morbide, de dépassement de ma représentation de la vie et du monde. Ce morceau est le témoignage même de la fonction de catharsis de l’art et de la création musicale en particulier, permettant une certaine acceptation de notre condition en jouant sur cette conscience désabusée. Je pense que l’on peut d’une certaine manière parler d’humour noir en tant que théâtralisation grotesque. Goebbels: « La mort » est un concept souvent traité dans la majorité des écoles philosophiques. Je sais bien qu’il est plus facile de construire une bombe nucléaire que de trouver une réponse si satisfaisante à un tel concept mais bon, quelle est votre vision personnelle envers ce voyage ? Sacré mystère que la mort… A la fois responsable de notre misérable condition et salvatrice face à cette absurdité. Elle rend vain chacune de nos aspirations en rendant éphémère son résultat. Pourquoi vouloir changer le monde, vouloir s’investir dans des causes humanitaires, politiques, écologiques, puisque nous ne pourrons de toute façon pas en profiter ? Mais d’un autre côté qui oserait imaginer échapper à la mort, notre unique salut ? Goebbels: Comme nous avons vu chez Alcest, Neige a quitté ses auras méphistophéliques afin de se plonger vers son univers baudelairien rêveur. Y’a-t-il une possibilité de voir Vaerohn avec une réalisation aussi lumineuse ? (surtout lorsqu’on prend en considération que les éléments classiques peuvent bien semer des pensées joyeuses) ! J’essaie dans la mesure du possible de m’imposer le moins de contraintes et je ne peux pas dire ce que sera le futur lointain de Pensées Nocturnes mais je ne pense pas emprunter un chemin similaire à celui de Neige. Bien au contraire, je trouve aujourd’hui « Vacuum » beaucoup trop gentillet et attendu. Le prochain album sera beaucoup plus dissonant et maladif, avec beaucoup de surprises et d’atmosphères déroutantes et malsaines. Néanmoins, les émotions seront aussi beaucoup plus diversifiées et il y aura toujours des passages rêveurs et beaux mais une chose est sûre, ce ne sera pas la ligne directrice du prochain album. Goebbels: Il est évident que Pensées Nocturnes trouve ses influences musicales dans des fontaines classiques et extrêmes bien divergentes. Néanmoins, je suis curieux de voir les courants philosophiques et littéraires influençant votre élaboration culturelle. En fait, j’ai bien remarqué les traces de Nietzsche, Schopenhauer, Cioran, Onfray…sur Vacuum. Comme dit précédemment ma vision nihiliste et existentialiste du monde m’interdit de me retrouver totalement dans une quelconque théorie philosophique. J’ai beaucoup lu. Mais de ces lectures n’est ressortie qu’une certitude. Celle qu’aucun philosophe, aucun scientifique, aucun homme aussi génial soit-il n’a jamais trouvé la vérité, la solution, le sens. Lire peut probablement occuper, illusionner, permettre de s’instruire, de s’émouvoir, de faire voyager et même de changer une vie mais ne donnera jamais d’explication concrète de notre existence, la fin de ce film prenant mais si absurde. Je me suis donc en effet tantôt retrouvé dans Le Monde comme Volonté et comme représentation, dans Le Gai Savoir ou même dans L’inconvénient d’être né, mais sans vraiment totalement adhérer à ses théories. Quant à Michel Onfray, son analyse de la philosophie m’intéresse beaucoup mais c’est plus une source d’information que de réflexion. Goebbels: Les textes ont ajouté un véritable charme à votre musique. Quels sont vos poètes préférés ? Sans grande originalité je citerais pêle-mêle : Charles Baudelaire, Maurice Rollinat, Albert Giraud, Victor Hugo, Arthur Rimbaud… Goebbels: D’abord, je dois saluer le choix de votre langue maternelle en tant qu’un piédestal textuel. Alors, que diriez-vous à ceux refusant de s’exprimer autrement qu’en anglais en prétendant que la fusion Metal/Français est incapable de mettre un bon bébé ? Puisque que l’on parle de langue j’aimerais dans un premier te remercier d’avoir fait l’effort de m’interviewer en français qui je pense le savoir n’est pas ta langue maternelle. Chanter en anglais ne peut être qu’influencé par des considérations promotionnelles. Je ne vois pas d’autre explication, pour une personne dont le français est la langue d’origine j’entends bien. Lorsque l’on écrit pour soi il me semble plus logique de choisir une langue dans laquelle on se sent à l’aise, qui colle le plus précisément à ce que l’on souhaite exprimer, avec laquelle on peut jouer, que l’on peut tourner dans tous les sens. Certains n’ont pas cette vision de la musique et choisissent une langue qui aura plus d’impact. Tout comme le choix du style je préfère travailler sur quelque chose qui me parle plutôt que vouloir à tout prix rassembler le plus grand nombre. L’honnêteté et l’intégrité sont des valeurs que je cultive.
Goebbels: L’art work de Vaccum est très soigné avec un jeu de couleur assez expressif et bien choisi. Est-ce que le vide de la ville reflète ici votre vie ou bien la condamnation de la civilisation moderne ? Je dirais les deux à la fois. J’ai découvert la vie urbaine il y a peu et la ville m'effraie. Ces paysages faits de bitume et de ciment, témoins de la propension stérile des hommes à créer la mort... Ce qui pourrait être synonyme de vivant par essence (rassembler sur une surface limitée tant d'individualités), n'est qu’un ramassis d'âmes inertes, l'œil hagard dans le métro laissant filer le temps sans ambition ni interrogation. J'ai découvert cette vie très récemment et je n'aurais jamais imaginé cela il y a quelques temps mais je ne me sens jamais aussi seul qu'au milieu de cette masse finalement. Le choix de ce visuel vient de ce que je vois le Black Metal comme une musique actuelle, qui bien que très portée sur l'imaginaire n’est pas nécessairement achronique. Pensées Nocturnes est l'expression de ma vision de la vie et ne peut donc pas prendre place des siècles auparavant. Goebbels: Honnêtement, si on vous demande de relever un point noir de Vacuum, ça sera…. ? J’ai eu suffisamment de temps pour prendre du recul par rapport à ce premier album et il y a pas mal de choses que j’aimerais changer, notamment les guitares ou la composition, trop simpliste à mon goût. Mais je n’avais pas non plus les moyens nécessaires à disposition et il ne faut pas oublier que c’est ma première expérience, j’ai appris énormément de choses. Ce n’est qu’en mettant la main à la pâte que l’on avance et le prochain album sera clairement plus mature. Goebbels: J’ai entendu que vous officiez dans une autre formation : Valhôll. Pouvez-vous nous éclairer un peu sur ce groupe et sa particularité par rapport aux Pensées Nocturnes ? Ce groupe n’a rien à voir avec Pensées Nocturnes sinon que je compose aussi pour lui. Il s’agit d’un genre de Pagan Black Metal avec beaucoup de parties brutales qui me permet d’évoluer sur scène ce que je ne souhaite pas faire avec Pensées Nocturnes pour le moment. Nous avons un line-up très solide maintenant et les prestations sur scène sont plus que correctes. C’est une autre approche de la musique car même si je compose énormément pour ce groupe il reste l’interprétation des autres membres et il faut faire des concessions ce qui est toujours difficile dans le domaine artistique. C’est la raison pour laquelle je tiens à développer ces deux démarches complémentaires. Goebbels: Ah oui ! Du sait que vous êtes un grand fan d’Xasthur. J’aimerais bien entendre votre avis sur ses derniers albums mal accueillis par les critiques. En fait, que pensez-vous de sa nouvelle réalisation All Reflections Drained ? Je dois avouer ne pas encore eu l’occasion de me procurer cet opus donc je vais avoir du mal à t’en parler. Peut être que le style particulier de Xasthur le pousse un peu à tourner en rond ce qui agace les critiques… Goebbels: Si je ne me trompe pas, vous n’avez maintenant qu’un MySpace. Existe-t-il un site en construction ? Si oui, Quelles informations allons-nous trouver sur celui-ci ? Ce n’est pas un projet envisagé car je n’en ai tout simplement pas l’utilité. Un myspace suffit amplement pour se faire une idée de la musique d’un groupe et je n’ai pas d’autres informations à partager. Goebbels: Voilà la question que je ne cesse jamais de la répéter, Comment voyez-vous le troupeau de cette humanité méprisable dans 50 ans ? Entre les guerres, les famines, les idéologies extrémistes et les crises financières ? Quelles sont vos prédictions ? Je n’en sais rien et je n’ai pas envie de savoir ou de présumer un quelconque avenir. J’ai perdu depuis longtemps l’espoir de changer le monde ou de le voir changer et ce qu’adviendra l’humanité m’importe peu. Ma misérable existence représente assez de soucis comme cela pour avoir à me préoccuper de ce qui se passe autour de moi. Autant que faire se peux autant tenter de tirer mon épingle du jeu de cet absurde théâtre. L’Histoire nous prouve à quel point les humanistes peuvent passer pour des doux rêveurs et le futur de l’humanité, mue plus par égoïsme insensé et illusion, sera clairement quelque chose que nos enfants devront subir plutôt qu’aimer. Goebbels: La nuit est en train de nous laisser, les pensées viennent de s’hiberner et l’aube va bientôt nous saluer. Une dernière pensée à nous dévoiler avant le soulèvement d’un soleil mal habillé ? Merci à toi d’avoir pris la peine de mener cette interview et de porter de l’intérêt à Pensées Nocturnes. En souhaitant à Sombre Arcane Zine, n’oublie pas que rien n’existe, tout est à inventer.
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